ETOILES, ECLIPSES, SUPERNOVAS
Les Cieux proclament la gloire de Dieu
Par le Professeur Manuel M. Carreira, S.J.
Astrophysicien
Bethléem. Mot magique, qui éveille la tendresse et nous
fait redevenir enfants. C’est ce qui doit arriver, parce que quand
Dieu est enfant, il ne peut y avoir quoi que ce soit de meilleur.
Pour entrer au Royaume des Cieux, il faut être petit, parce que
la porte est étroite, et que l’orgueil ne passe pas. Et
ce Royaume des Cieux se pelotonne dans une crèche, où est
né l’Enfant, parmi d’humbles animaux. Cette étable était
ouverte à tous les vents , ce n’était pas un château
crénelé, avec des salles somptueuses et des antichambres.
Là, sur la paille mordillée par l’âne et le
boeuf, comme une perle dans sa coquille, voici l’Enfant.
Mon Dieu, quel titre de noblesse, et quel palais ! “L’Enfant” est
ainsi appelé, simplement, à plusieurs reprises, dans la
parole de Dieu, la Bonne Nouvelle, l’Evangile. L’Enfant,
puisqu’il l’est, est toute demande d’aide, il pleure
d’impuissance, de faim, de solitude et de froid. L’Enfant,
Dieu fait à la mesure de mes bras, cherchant un visage qui caresse
le sien, faisant son nid dans un giron humain.
Cette nuit-là, le Temps s’est suspendu, puisque le Dieu
Eternel s’est greffé en son monde. Dieu a déjà une
histoire: la nuit de Bethléem marque le point qui divise pour
toujours le flot inéluctable du temps, et qui fait que celui qui
ne connaît pas les siècles est un “nouveau né”.
“
Au commencement était le Verbe” sans commencement, image éternelle
de Dieu le Père, reflet et expression de sa beauté, force
omnipotente et créatrice, par laquelle tout fut créé.
Parole, image, Verbe, lumière et vie, grâce et gloire, l’Aimé,
avant et après que le monde soit. L’unique trésor
de ce Père, qui est la source débordante de bonté et
de richesse: le Fils de son orgueil et de sa joie. Toujours dans le sein
du Père, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, Amour
d’Amour inconnaissable.
“
Pour nous, les humains, et pour notre salut, il s’est fait Homme” Et
le Verbe s’est fait chair, glaise fragile d’un corps d’enfant
pour cacher à nos faibles yeux la Lumière qui éblouit
les anges. Dans le susurrement de ce vagissement, combien éloquente
est ta Parole, Seigneur, et comme la Bonne Nouvelle résonne à tous
les échos, par les monts et les océans, par les soleils
et les galaxies dans la nuit d’une attente patiente !
La Parole s’est faite Corps, s’est faite Homme, et est venue
- sans tumulte - s’installer parmi nous. Dieu a déjà sa
maison ici, sur la Terre, et son nom est recensé avec celui des
autres hommes, ses frères. Dieu est chair de notre chair, sang
de notre sang, uni pour toujours à la glaise pure reçue
de Marie; une matière qui fut des étoiles et qui brille
aujourd’hui avec la fulgurance de la divinité; matière
que j’adore humblement en embrassant ton enfant, Père Saint,
et je reste sans voix à la vue de ce cadeau.
Enfant et Mère, Dieu et Fille, Paroles qui toutes deux expriment
tout. Si l’Enfant est la Parole de Dieu, Voix de l’Amour éternel,
Marie aussi dit pour nous tout ce que le monde peut répondre à un
Créateur qui appelle. C’est Elle l’image de son Fils,
fidèle reflet et moule de sa chair, murmure accueillant d’humble
plaisir. Quelle beauté bienvenue dans notre maison !” Dieu
a déjà un nid et un giron, et une voix qui le berce, des
lèvres qui réchauffent les siennes, et des yeux qui reflètent
la Lumière dans l’étable obscure, Seigneur, quel
plus bel écrin pour un tel joyau ?
Lorsqu’on regarde Bethléem, tout se centre sur les deux
figures, l’Enfant et Marie.
Né en Israël, le fils de David et de Juda, qui est aussi
mon Dieu, fait partie d’un lignage humain, scellé par la
Loi et par la Promesse. Et c’est la figure fière et providentielle,
l’homme juste et fort - Joseph - qui donne son nom et ses racines à celui à qui
un seul Père a donné la Vie. Si Dieu s’est fait homme
par Marie, il est fils de David par l’amour du charpentier. Des
mains de fleur de sa Mère, L’Enfant passe à celle
de l’homme, travailleur et saint, qui incarne ici sur Terre le
créateur suprême, dont provient toute paternité.
Joseph n’est pas une vague ombre, ni une brume qui couvre les mystères
de l’enfance. Sans lui, Dieu n’aurait pas été dans
cette étable de Bethléem, et il n’y aurait pas de
Nativité sans un Messie. Il avait une telle confiance dans le
Père Eternel, il éprouvait un tel amour pour Marie, que
lorsque l’ange lui a confié le secret de son fruit divin,
il n’a posé aucune question. Ne crains pas de prendre Marie
pour épouse” Et c’est ainsi qu’il l’a
prise comme sienne, tandis que Dieu se donnait à lui. Quel homme
heureux que celui-là qui embrassait son
Fils, parce qu’Elle était la Mère ! Et combien Marie était
heureuse de voir en Joseph la présence de Dieu providence, d’un
ange gardien, du guide de cette humble Trinité ! La Bethléem
de mes souvenirs, et la Bethléem sans âge de ce temps-là comporte également
l’image de l’âne et du boeuf. Leur présence
rappelle que le Seigneur a demandé un monde peuplé d’oiseaux,
de poissons, d’animaux sauvages et domestiques pour l’homme.
Le boeuf, doux et puissant, richesse du paysan, est attelé à la
charrue qui rend la terre fertile et meuble. L’âne gris est
comme un nuage, sur lequel Dieu serait arrivé à l’étable,
et aussi ancêtre lointain de l’âne que chevauchera
Dieu entre les palmes d’une Jérusalem qui ne connaîtra
pas son seigneur. Le souffle de la vie, si faible soit-il, c’est
le souffle de Dieu, et la palpitation d’un pauvre animal sont plus
précieuses que celle de mille soleils. Les hommes et le bétail
louent le Seigneur, chacun à sa manière, entourant la crèche.
Ces bêtes, au service d’Adam et de ses fils réchauffent
de leurs corps l’air froid qui fait frissonner l’Enfant.
Et la crèche ? Etable, grotte, ruine... Seigneur, oserais-je ?
Pourrais - je dire, sans affliction, que mon Dieu est né dans
une pièce malodorante ? Toutes les aquarelles bleues, les peintures
des églises, les marbres d’Italie, la paille dorée
et propre des tableaux, n’est-ce pas la vérité ?
Mon Dieu, quelle souffrance pour cet enfant qui respire l’air vicié,
pour une mère qui rêve de langes propres et de berceau moelleux,
et qui ne peut coucher son Fils que dans cette étroite auge de
pierre sale, au milieu des araignées et des moisissures. Tu as
bien commencé à t’habituer aux vicissitudes, Seigneur,
puisque la Croix sera bien plus cruelle et plus dure !
Nous ne pouvions pas être si humbles, et il convient d’adjoindre à notre
amour tardif, une crèche plus belle et propre. Accepte-la, Seigneur,
parce que nous t’aimons. Il est vrai que ce que tu as fait est
mieux, parce que chacun a pu se rendre compte que tu n’accordais
pas d’importance au confort et aux richesses. Mais cela fait mal
de penser que Dieu vient à nous, et que son trône n’est
qu’une modeste pièce.
Les anges, les bergers, les petits pâtres avec leurs brebis, les
enfants et les paysans, les rois et les étoiles sont les témoins
joyeux de cette scène. La joie et la lumière, et le regard
ouvert des pauvres, qui font face aux chameaux venus d’Orient,
et scrutent le ciel des sages. Aux bergers apparut un ange entouré de
choeurs, parlant de grande joie et de cet Enfant. Le sage, lui, ne vit
que des lumières, entre les ombres des devins et des mages d’autres
Dieux. Mais Dieu les a dirigés vers cette Etoile, où ils
parvinrent bientôt, parlant de ce Roi, de ce Saint qui voulait
rassembler en une seule maison tous les fils prodigues dispersés.
Et l’étoile ? Quelle mystérieuse fulgurance les a
appelés, comme un phare, vers la crèche ?
Ange occulte, exhalaison de feu, étoile nouvelle et passagère,
planète d’appels insistants ? Quand le ciel était
le livre mystérieux où s’écrit “le Seigneur
des Armées”, ses hordes lumineuses devaient parler avec
leurs étincelles. “Les Cieux proclament la Gloire du Seigneur” Mon
Dieu ! La gloire d’une naissance si pauvre...
Est-ce que cela a été une étoile, une nova ou une
supernova ?
Un astre brillant comme un soleil immense, explosant comme un feu d’artifice,
pour annoncer la venue de l’Etoile occulte dans notre glaise ? C’est
peu de parler d’un soleil, il en faudrait mille millions, éclatant
de joie, parce que Dieu s’est fait un corps de lumière pour devenir
Homme. Pendant que les saints et les prophètes invoquaient Yahvé durant
des siècles, attendant la Lumière, l’Etoile était-elle
en marche à travers l’espace, pour annoncer fidèlement cette
venue ? Il n’est pas possible de savoir à quel moment, ni dans quelle
partie du ciel, mais une étoile brillante, nouvelle et propre qui vient à la
place d’un vide dans l’obscurité, ne peut qu’annoncer
un prodige. Et si une autre étoile s’allume, silencieuse, vers Hérode, à Bethléem,
ce n’est pas trop non plus pour annoncer tant de Bien sur cette Terre.
Une comète, alors ? Une plume d’archange, perdue dans la nuit, éclairée
de lueurs argentées, dans le choeur des anges avec l’Enfant ? Une
comète de neiges sidérales, indiquant la route vers celui qui est
la Pureté... encensoir de nuages si subtils qui n’éteignent
pas une étoile, mais guide vers les astres du Seigneur vers la crèche.
Oui... pas plus. Parce que les hommes, confus, pécheurs peureux, craignent
les comètes et subissent deuil, faim, douleur et peste. Il n’est
pas possible d’annoncer ainsi la Bonne Nouvelle, qui est plaisir sans limite,
au peuple entier.
Un jeu des planètes ? C’est leur danse qui est la clef des signes,
l’annonce des grandes oeuvres et des grands rois, dans un monde qui cherche
Dieu parmi les astres. Les astrologues et les sages, qu’étaient
les Mages ont vu comment Jupiter a raconté des secrets à Saturne.
Que se disent-ils, de si près que leurs lumières semblent n’en être
qu’une ? Ils ne peuvent parler que de Dieu, comme émissaires de
l’armée des soleils. et les Mages écoutent et déchiffrent
: un Roi est né, là-bas, au couchant. L’étoile de
David est descendue sur la Terre.
Il n’est pas possible de savoir ce qu’ils suivaient. Un ange envoyé par
Dieu pour les guider, de lumière si douce, si intime que personne d’autre
ne la voyait, et ce fut une surprise pour Hérode et ses sages de se l’entendre
dire. Un ange a annoncé la plus grande joie à ces gens, prisonniers
du froid et des ténèbres. La Lumière est née ! L’amour
est arrivé, et il nous attend !
Etoile de Bethléem, si douce, à force de ne pas savoir qu’elle
a été. L’Amour de mon Dieu est un mystère qui se livre
ici; l’amour de sa Mère si jeune. la paille, la crèche et
l’âne, le saint charpentier et les bergers. Tout nous parle avec
la voix qui fait choeur et adore le Verbe, si présent dans sa chair d’Enfant.
Le grand silence de l’air, des soleils, du monde et du ciel, dans lequel
seul résonne le chant sacré : “Gloire à Dieu au plus
haut des planètes et des étoiles, au plus haut des cieux d’où vient
Dieu, et ici, sur la Terre, recevez la Paix de son silence”
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